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Rien ne s'oppose à la nuit - Delphine de Vigan

Rien ne s’oppose à la nuit – Delphine de Vigan

3 October 2011  |  Ancient history  |  20 Comments

Il est des lectures dont il est difficile de parler immédiatement tant elles ont fait appel à l’intimité du lecteur. Il faut laisser le temps d’y repenser avec les idées claires, une fois que l’orage intérieur s’est calmé. Rien ne s’oppose à la nuit serait de ces ouvrages mais il m’est apparu évident qu’une chronique écrite rapidement après la dernière page tournée serait la meilleure façon de parler d’un livre touchant, troublant et qui marquera la lectrice que je suis.

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Seul dans le noir – Paul Auster

21 August 2011  |  Ancient history  |  Comments Off

Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m’efforçant de venir à bout d’une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain.

C’est ainsi que débute l’histoire d’August Brill, septuagénaire bloqué dans son lit par une jambe brisée, qu’on a bien failli amputer. Veuf depuis près d’un an et infirme, il est retourné vivre avec sa fille et sa petite-fille. Comme il le dit lui-même, c’est la maison des âmes brisées. August Brill ne se remet pas du décès de l’amour de sa vie, sa fille Miriam n’arrive pas à oublier un divorce déjà vieux de cinq ans et Katya, la petite-fille, a arrêté d’être heureuse le jour où son fiancé a été assassiné en Irak.

La maisonnée ne respire donc pas le bonheur, même si l’amour que se portent ses membres nous apparait comme une évidence. Mais une fois la tombée de la nuit, Brill, insomniaque, fait face à sa propre vie. Tout resurgit, tout refait surface : ses trahisons, ses remords, son passé, le décès de sa femme. Tout revient en pleine figure comme un boomerang.

Seul dans le noir, pendant de longues heures, il invente des histoires dans sa tête pour passer le temps et surtout, pour ne plus penser à rien. L’histoire qu’il raconte cette fois-ci est celle d’un homme plongé dans un monde parallèle où le 11 septembre et la guerre en Irak n’ont jamais eu lieu, mais où une guerre civile aux États-Unis fait rage. Fiction et réalité se mélangent dans la tête de Brill, qui attend toujours l’aube pour interrompre son récit.

Bien plus qu’un roman sur les regrets d’une vie, Paul Auster signe là un livre engagé sur le rôle de l’être humain dans les guerres contemporaines. Dans le récit que se fait Brill, le personnage se voit confier la tache de mettre fin à la guerre en tuant le seul homme à l’origine de ce mal ; s’il n’obéit pas, il sera lui-même tué, car il est lui aussi responsable de cette guerre à sa manière. Le message est fort : tous responsables.

A voir la couverture de l’édition américaine, une trace d’homme le drapeau américain en main, forte du symbole voulu par l’auteur :

Lorsque la nuit s’arrête, le récit se met en pause, et Brill fait face à ses démons. L’écrivain, par sa simple écriture, peint une souffrance unique, celle de l’âme. Des regrets qui rongent, qui sont inutiles car ils ne changeront jamais le cours de l’histoire. A quoi bon ressasser le passé ? Pourtant, irrémédiablement, il revient dans la tête de Brill.

Magnifiquement bien écrit, Paul Auster suggère tout en nuance cet état dépressif. Toujours en sous-entendus, l’écrivain fait du crépuscule de la vie un terreau à la nostalgie et à la tristesse sans jamais tomber dans le pathos. Ça a marché pour moi.

Un superbe roman de Paul Auster, que je conseille à toutes et à tous.

A lire : les 25 premières pages du roman en français

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Seul dans le silence

Paul Auster

Éditions Babel, 180 pages

 

 

L’inconsolé – Kazuo Ishiguro

10 May 2011  |  Ancient history  |  13 Comments

Après avoir gagné le Man Booker Prize en 1989 pour Les Vestiges du jour, Kazuo Ishiguro connait un regain de popularité ces dernières années avec Auprès de moi toujours, livre écrit en 2005 et adapté au cinéma l’année dernière. Jouer la carte Ishiguro, c’est donc être petit joueur puisque le talent de l’auteur n’est plus à prouver – du moins c’est ce que je pensais jusqu’à ce que je lise L’inconsolé.

L’histoire est celle de Ryder, un pianiste talentueux invité quelques jours dans une ville en Europe centrale pour y rencontrer ses fans et donner un concert. Cependant, rien ne va se passer comme prévu, le pauvre homme pensant arriver dans une ville inconnue et qui pourtant, au fil des pages, va lui rappeler des souvenirs qu’il avait oubliés.

Le résumé ci-dessus peut paraître intéressant, mais je vous assure que le récit en lui-même ne l’est pas. Sans jamais quitter la ville ou ses environs, Ryder va rencontrer des gens qu’il a côtoyés dans sa vie d’avant et qui, contrairement à lui, ne l’ont pas oublié. Et puisque cela fait une éternité qu’il n’est pas rentré “chez lui”, ces personnes profitent de lui pour lui raconter leurs petits problèmes familiaux, lui demander des services, l’empêchant ainsi de remplir toutes les obligations prévues par son agenda.

Entre un Ryder mou et sans caractère (tout ce que j’adore chez un personnage…) et des hommes et femmes, autour de lui, qui ne font que se plaindre de leur petite misère, on est servi. Le pire étant que parce que c’est un faible, Ryder n’arrive pas à envoyer bouler tous ces gens et il se retrouve malgré lui dans des situations inintéressantes pour régler des problèmes qui ne le concernent pas. J’ai envie de dire : Ryder, t’as qu’à avoir un minimum de personnalité ; parce que c’est bien de gigoter dans tous les sens pour un rien, mais encore faut-il savoir s’affirmer et ne pas servir de psy à la moitié de la ville. En fait, Ryder c’est ça, un psy malgré lui qui ne l’accepte pas mais qui, parce qu’il est entraîné à son insu dans la vie des gens, n’arrive pas à dire “non”. “Tu l’as bien mérité”, là aussi c’est tout ce que j’ai envie de lui dire.

Les personnages de roman comme ceux de L’inconsolé sont un condensé de ce que je déteste le plus, et sur 900 pages, c’est juste un peu trop. Il me semble qu’Ishiguro a néanmoins fait exprès (je l’espère en tout cas, sinon j’abandonne) d’écrire un tel pavé avec des monologues sans un seul retour à ligne pendant 10 pages pour nous faire comprendre, à nous lecteurs, la situation dans laquelle se trouve Ryder, coincé entre tous ces gens qui attendent des choses de lui, dans l’incapacité de les arrêter. Le problème, c’est que l’auteur fait ça trop bien, à tel point que l’on se retrouve nous-mêmes coincés dans le texte avec ces personnages assommants qu’une bonne paire de gifles pourrait secouer.

Entre le fils du propriétaire de l’hôtel dans lequel loge Ryder qui souffre d’un manque de reconnaissance de la part de ses parents, le concierge dudit hôtel qui ne parle plus à sa fille depuis 30 ans parce qu’ils ont juste arrêté de se parler sans aucune raison, fille qui était en couple avec Ryder avant qu’il ne quitte la ville, un mec qui veut enterrer son chien et un autre amoureux d’une nana sans jamais avoir réussi à le lui dire, voilà dans quoi Ishiguro enferme son lecteur.

On pourrait croire en lisant le résumé que Ryder va se rappeler des souvenirs douloureux qui auraient un peu pimenté le récit, mais en fait pas du tout, il a juste oublié un entourage qui le tirait vers le bas par sa médiocrité. Il ne se passe rien dans ce livre, si ce n’est 900 pages de confessions inintéressantes, creuses, niaises et pleines de bons sentiments. C’est là aussi où je comprends mieux le titre, L’inconsolé, car peu importe les efforts de Ryder, ils ne suffiront jamais ; un peu comme moi avec ce livre, me direz-vous.

Ce livre est une perte de temps, passez votre chemin, ça vous évitera des envies de violence envers ces personnages d’une – si vous me permettez l’expression - chiantitude poussée au paroxysme.

La note que je lui attribue est d’ailleurs bien généreuse.

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L’incosolé 

Kazuo Ishiguro

Collection Folio, 895 pages

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L’Hôtel New Hampshire – John Irving

10 February 2011  |  Ancient history  |  19 Comments


L’Hôtel New Hampshire est le cinquième roman de John Irving publié aux États-Unis en 1981, et adapté au cinéma trois ans plus tard. Fidèle à lui-même, Irving y décrit la vie de personnages en pleine mutation sans qu’il n’y ait jamais vraiment d’histoire au sens premier du terme. Du pure bonheur en somme, malgré des évènements graves qui les marquent profondément.

Le récit est donc celui de John, Franny, Frank, Egg, Lilly (les enfants), Win, Mary (les parents), Freud (l’ami de la famille), Susie et Earl (les deux ours). Le narrateur, John, raconte simplement sa vie de famille dans une petite ville perdue au milieu du New Hampshire. Un jour, alors que l’école des filles de la ville ferme faute d’élèves, Win Berry décide de racheter la bâtisse pour en faire un hôtel : le premier Hôtel New Hampshire. La famille s’y installe quelques années, avant de déménager ensuite à Vienne pour y tenir un autre hôtel : le deuxième Hôtel New Hampshire. Un troisième Hôtel New Hampshire verra en suite le jour plus tard, mais c’est déjà plus que vous ne devez savoir.

Indéniablement, Irving reprend ici de nombreux thèmes abordés dans ses autres textes. Le  New Hampshire, déjà, état du nord-est des États-Unis dans lequel a grandi John Irving et qui est omniprésent dans tous ses romans. L’auteur décortique le passage de l’enfance à l’âge adulte à travers un panel de sentiments et d’émotions touchants.

Le sexe joue un rôle important dans le récit du fait de cette transition. L’adolescence est propice à ce genre de réflexion, et John, Frank et Franny ne dérogent pas à la règle. La prostitution est présente dans le récit, ainsi que l’identité sexuelle des personnages à travers des préférences hétéro et homosexuelles, un amour fraternel incestueux, et surtout le viol qui marquera à jamais la vie de cette fratrie. Comme à son habitude, Irving malmène ses personnages pour en tirer le meilleur et malgré la gravité du sujet, il est abordé avec insouciance et respect.

La notion de rêve est également importante. Pas étonnant alors de retrouver un personnage central du nom de Freud dans la belle ville de Vienne, d’où était originaire le psychanalyste du même nom. L’un de ses premiers travaux avait été la signification du rêve. Le rêve comme accomplissement du désir, c’est ce que va appliquer toute sa vie le père de famille, Win Berry, et va l’enseigner à ses enfants.

Si le lecteur peut moins aimer L’Hôtel New Hampshire qu’Une prière pour Owen ou Le Monde selon Garp en raison des thèmes abordés parfois difficiles, il n’en reste pas moins un très bon livre que je vous recommande fortement. Encore une fois, Irving nous raconte avec tellement de justesse des vies ordinaires (quoi que) qu’il est difficile d’imaginer qu’il a tout inventer. C’est tout le charme de cet écrivain.

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L’Hôtel New Hampshire

John Irving

Points, 572 pages

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