Vivre à l’étranger quand on est un littéraire, c’est tout un rituel à remettre en place. Trouver la librairie que l’on préfère, cela signifie en découvrir plusieurs, y aller, y retourner. Il faut aussi appréhender ces éditions que l’on ne connait pas (vous êtes plutôt Vintage, Bloomsbury, Penguin ou Picador?) et ces auteurs dont on n’a jamais entendu parlés. Une librairie irlandaise ne sera jamais comme une librairie française. On baigne dans les livres de la dernière depuis toujours, alors que la première, c’est toujours un peu grand inconnu malgré les années.
Cette photo, qui appartenait à mes grands-parents, est de celles qui me fascinent le plus. On croit qu’elle a figé ces visages à jamais, mais non. Qui sont ces gens déjà effacés du cliché ? Qui sont ceux qui commencent à partir ?
Les personnes que j’ai perdues dans ma vie, j’ai toujours pensé que tant que je les portais en moi, elles continuaient d’exister. La vérité vraie, c’est qu’on commence par oublier la voix, puis les gestes, puis la présence. On n’a plus que les photos pour se rappeler de leur visage dans les moindres détails. Les souvenirs, alors, on ne sait plus si ce sont les originaux ou simplement l’idée qu’on s’en fait.
Je ne sais pas qui sont ces gens. Je reconnais un visage, peut-être un deuxième, j’espère ne pas me tromper. Ce soir, je pense aux autres, aux inconnus. Je me demande si les deux messieurs ont acheté les chapeaux au même endroit, si les dames à la coiffe sont soeurs, si le garçonnet ne s’est pas trop ennuyé ce jour-là, si les mariés ont eu une vie heureuse.
J’aime tant cette photo car elle est à l’image de la mémoire, elle s’évapore. Pas parce qu’on s’en moque, pas parce qu’on est indifférent, juste parce que le temps passe irrémédiablement. On naît, on vit, on meurt – et je crois qu’on meurt une deuxième fois quand on disparaît des clichés de famille.
Je me fais plutôt rare ces derniers temps sur le blog, la faute à un manque cruel, cruel, cruel de lecture. Je ne sais pas si on peut parler de panne cette fois-ci, parce que je n’essaye même pas d’ouvrir un bouquin. A la place, je m’occupe avec ma passion number 2 : les séries télé. J’ai vu ou suis en train de voir presque toutes les séries qui valent le coup depuis le début des années 2000 – ça en fait un bon paquet, à tel point que maintenant je remonte même jusqu’en 1990 avec Twin Peaks, la formidable série de David Lynch.
En grande adepte des listes, j’ai découvert la semaine dernière le top 100 des meilleurs films américains de l’Histoire établi par l’American Film Institute (AFI), et à l’instar de mon inventaire avant liquidation, je me suis attelée à combler mon retard. Je lis très peu en ce moment (un doux euphémisme pour ne pas nommer l’innommable) alors les films sont un peu devenus mon passe-temps number one. Quand on a l’esprit occupé, c’est encore ce qui marche le mieux – en tout cas chez moi, plus que les livres.


