Lettre d’une inconnue, suivi d’Amok et La Confusion des sentiments – Stefan Zweig

13 février 2011  |  Les livres

Trois textes du grand maître autrichien de l’étude psychologique des années 20 à 30 (et grand ami de Freud), exilé politique du régime Nazi d’Hitler, et qui se suicida au Brésil en 1942 devant l’horreur du IIIème Reich.

La Confusion des sentiments, nouvelle on ne peut plus connue de Zweig, nous plonge dans la vie du jeune Roland, fasciné par la verve et le charme émanant de l’un de ses professeurs, et qui, en s’immisçant dans le quotidien de celui qu’il considère désormais comme son « maître » et de son épouse, va brutalement se retrouver confronté aux tourments du monde des adultes. De rancœurs en jalousies, le jeune homme se perdra entre non-dits et homosexualité latente, sans jamais réussir à percer à jour le mode de fonctionnement d’un couple pas vraiment comme les autres. Le tout raconté plusieurs décennies plus tard, au crépuscule de la vie d’un Roland devenu lui aussi professeur, par le biais d’une plume particulièrement froide et aigrie. Un véritable tour de force.

Amok, ou Le Fou de Malaisie – qui figure dans cette superbe édition du Livre de Poche dessinée par Christian Lacroix – dresse le portrait d’un médecin Néerlandais expatrié en Asie du sud-Est, dont la vie bascule le jour où il reçoit dans son dispensaire la visite d’une Lady arrogante et dédaigneuse comme on n’en rencontre que rarement. Bien plus qu’un coup de foudre, c’est un véritable coup de folie qui saisit alors l’homme de science, ensorcelé par la froideur et la brutalité de la jeune femme qu’il vient de laisser s’échapper. Il suivra cette dernière , jusque dans le glauque et l’horreur absolus. Une nouvelle bouleversante, et qui apporte un nouveau sens à l’expression « d’aimer quelqu’un à la folie ».

La dernière des trois nouvelles (et sans aucun doute la plus triste), Lettre d’une inconnue, se présente sous la forme d’un petit journal griffonné à la hâte que reçoit un beau jour un écrivain autrichien volage et calculateur. Écrite par une femme dont il ne se souvient plus, mais qui l’aura aimé toute sa vie durant, la lettre va peu à peu nous plonger dans l’existence sordide d’une adolescente devenue mère de famille, et qui en l’espace d’une vingtaine d’années seulement, aura sacrifié son bonheur et sa fierté pour un homme incapable de se souvenir du visage ou du prénom de la moindre de ses conquêtes.

Je n’avais jusqu’à la lecture de ces trois longues nouvelles, jamais rencontré autant de justesse dans l’étude de l’âme humaine et de ses passions, autant de sensibilité dans l’écriture. Donnez une chance aux nouvelles de Stefan Zweig (Le Joueur d’échecs vaut également le détour), elles se lisent vite et vous en ressortirez profondément marqués.

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Lettre d’une Inconnue, suivi d’Amok
Stefan Zweig

Éditions Le Livre de Poche, 224 pages

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2 commentaires


  1. Je n’ai pas lu « Amok » mais j’ai adoré « Lettre d’une inconnue » et beaucoup aimé « La confusion des sentiments » (tout en succombant au style de l’auteur, j’ai moins adhéré à l’histoire, sans doute parce que je suis une femme ).
    Zweig était un fin psychologue et son style est juste sublime ! Ah je repousse cet instant où j’aurai lu toute son oeuvre (même si ça ne m’empêchera pas de la relire ensuite^^).

    • Je n’ai toujours rien lu de lui (et je ne m’en vante pas :S) mais cette chronique de Jul, ainsi d’ailleurs que tous les autres billets qui lui sont consacrés, me font dire que je manque vraiment quelque chose.

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