Si les hommes ont largement dominé la littérature japonaise pendant des décennies, les femmes s’assurent dorénavant d’une place à part entière dans le paysage littéraire de l’archipel. Dans ma découverte approfondie des auteurs japonais, j’ai pour l’instant lu deux femmes : Banana Yoshimoto my darling dont je cesserai de parler que lorsque tous les lecteurs de ce blog auront lu au moins un livre d’elle – et Yōko Ogawa dont l’œuvre la plus connue est l’objet de ce billet.
La formule préférée du professeur (博士の愛した数式 en version originale – genre je lis le japonais couramment) est le récit d’une rencontre entre une aide ménagère et un professeur malade. La mémoire de ce dernier s’efface toutes les 80 minutes et c’est sur cette base instable que va se construire une amitié sincère. Tout ce qu’il a appris avant son accident, le professeur s’en souvient, aussi il prend d’affection (une affection réciproque) l’aide ménagère et son jeune fils qu’il va initier à la beauté des chiffres et des mathématiques.
Yōko Ogawa décrit une relation sereine entre trois êtres que tout oppose – éducation, intérêts, statut social – mais que rien ne réussit à entacher. La femme et l’homme sont amis sans arrière pensée, sans qu’un quelconque sentiment amoureux fasse son apparition. L’enfant et l’homme sont aussi amis mais pourraient très bien dans la relation père-fils, ce qu’ils ne font pas. C’est une fable dont on ne peut pas rester indifférent grâce au bien-être qu’elle procure et l’idée qu’il est possible d’avoir des amitiés dénuées de tout intérêt, sinon celui d’échanger et d’apprécier simplement la présence de quelqu’un. La formule préférée du professeur est ce genre de texte, celui qu’on ne peut regretter d’avoir lu car il n’en reste que du positif à la fin.
Le style d’écriture est parfait. Ogawa est à mi-chemin entre la tradition littéraire japonaise – ces silences sur lesquels les auteurs arrivent si bien à poser des mots – et l’influence de la littérature américaine, que l’auteure déclare adorer. Le résultat est un texte superbe, tout en nuance et en pudeur. Cette littérature nippone ouverte sur l’extérieure est définitivement celle que je préfère. Yōko Ogawa est donc une auteure à ne pas manquer, connaisseurs comme non-initiés.
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La formule préférée du professeur
de Yōko Ogawa
Éditions Actes Sud, collection Babel
244 pages



Ce texte a l’air très tentant et tout le monde en dit du bien, mais j’ai une sacrée peur qui me retient. Peur de ne pas aimer ce roman que tout le monde aime…
Tu devrais essayer. Il est assez court, au pire tu ne l’aimes pas mais tu l’auras fini assez vite pour te forger une opinion dessus.
Bonjour,
Une critique qui donne envie.
Quelques autres titres de l’auteur sont dispo en eBook
http://librairie.immateriel.fr/fr/list/auteur-71865-yoko-ogawa/page/1/date
A bon prix mais avec des D.R.M (bouuuuuuuuuuhhhhhhhhh)
Les as-tu lu aussi ?
Merci pour le lien. C’est le premier livre que je lis d’elle, d’ailleurs je vais me renseigner un peu sur ses autres ouvrages pour ne pas m’arrêter là.
Il y a quelques années, plein de monde lisait ce roman (moi inclus), mais j’ai entendu dire qu’il n’est pas le meilleur des livres de Ogawa – at qu’il n’est pas de tout typique de son travail. J’ai lu ‘Hotel Iris’ cette année, et je trouvais ce roman beaucoup plus intéressant et unique que ‘La formule…’ (un livre que je trouvais un peu trop… ‘nice’!).
C’est vrai qu’il est gentil ce texte. Je cherchais justement à lire un second livre d’elle, je note Hôtel Iris, merci pour le conseil.
j’ai bien aimé aussi et ton billet est très bien, mais j’ai préféré « la grossesse ». je vais voir l’autre auteure dont ut parles, que je ne connais pas. Bon weekend
Oui je te conseille vivement Banana Yoshimoto et son livre « Kitchen », la plupart de ses livres n’est pas traduit en français malheureusement.