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Les prix littéraires irlandais et les succès en librairie

29 avril 2011  |  L'édition  |  10 Comments

Toute cette semaine, je m’attache à partager avec vous des petits bouts de cette grande littérature irlandaise, moins par ses textes que par ce qu’il fait qu’elle est unique. J’ai donc voulu m’intéresser aux prix littéraires irlandais, qui auraient dû foisonner sur le territoire. A ma grande surprise, ce n’est pas vraiment le cas ; enfin si… mais non.

Si en France, les prix littéraires les plus réputés sont souvent attribués par une élite snobinarde de vieux votant pour l’un ou pour l’autre plus par copinage que pour les qualités intrinsèques du livre en question (oui, je n’aime pas les prix littéraires hexagonaux), il s’avère qu’en Irlande, c’est complètement différent. Je dirais même que d’un point de vue étranger – et français *ahem* -, ces prix ont l’air tout à fait modestes et moins pète-secs. Peut-être me trompe-je, toujours est-il que c’est l’image renvoyée, et vous allez comprendre pourquoi.

L’ensemble des prix littéraires irlandais est chapoté par une autorité unique, the Irish Book Awards sponsorisée par Bord Gais Energy, l’équivalent irlandais de Gaz de France (…). Le comité attribue dix prix : sept sont votés par L’Irish Literary Academy, deux par le public, et un prix d’honneur est remis à un auteur pour l’ensemble de son oeuvre.

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Quels sont les prix ?

Il y a onze catégories, chacune étant sponsorisée par un mécène différent :

  • Hughes & Hughes Irish Novel of the Year | sponsorisée par une grande chaîne de librairies à l’initiative du projet de regroupement des prix.
  • The Argosy Irish Non-Fiction Book of the Year | grossiste irlandais de livres
  • The Dublin Airport Authority Irish Children’s Book of the Year | la société gérant les principaux aéroports du pays
  • Best Irish Newcomer of the Year | meilleur premier livre
  • The International Education Services Best Irish-Published Book of the Year | fournisseur officiel des autorités en livres pour enfants
  • The Energise Sport Irish Sports Book of the Year | certainement le prix le plus étonnant, sponsorisé par une boisson énergisante et récompensant un livre sur le sport
  • The John Murray Show Listeners’ Choice Book of the Year (voté par le public) | l’émission matinale de la radio la plus écoutée du pays
  • The Easons Irish Popular Fiction Book of the Year (voté par le public) | la chaîne de librairies la plus importante d’Irlande, sorte de supermarchés du livre
  • Ireland AM Crime Fiction Award | imaginez Télématin... voilà.
  • Lifetime Achievement Award in Irish Literature | remis pour récompenser la carrière d’un auteur

Est-ce que vous comprennez un peu mieux maintenant en quoi ces prix – les plus réputés et les seuls reconnus par l’ensemble des libraires – diffèrent des prix remis en France ? Le fait d’avoir des sponsors qui n’ont parfois rien à voir avec les livres permet de redescendre un peu sur Terre et de se focaliser sur l’essentiel : le livre en lui-même est-il bon ? Mérite-t-il qu’on s’y intéresse non pas parce que l’auteur est venu boire un café chez moi la semaine dernière mais parce qu’il est talentueux ?

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L’Irish Literary Academy

L’Irish Literary Academy, qui vote pour sept des prix ci-dessus, regroupe environ 100 personnes de tous les métiers du livre : auteurs, éditeurs, libraires, journalistes, universitaires et critiques, qui reçoivent chaque année la liste de livres préselectionnés pour chaque catégorie et doivent ensuite voter pour les ouvrages qui mériteraient d’obtenir le prix.

L’attribution de la récompense est la combination entre les votes du public et ceux de l’académie : le premier livre de chaque groupe (public & académie) reçoit six points, le second cinq, le troisième quatre, jusqu’au sixième qui reçoit un point. Le livre qui obtient le plus de points remporte le prix, c’est tout simple ; en cas d’égalité, c’est l’académie qui décide.

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Les succès en librairie

En ce qui concerne les livres d’auteurs irlandais qui cartonnent en librairie, voici les deux titres qui me viennent tout de suite en tête pour les avoir vu depuis des mois dans l’entrée de Hodges Figgis :

Room, d’Emma Donoghue (gagnante du prix Hughes and Hughes Irish Novel of the Year 2010)

Edition Back Bay Books | 352 pages

Critique de l’Independent

Skippy Dies, de Paul Murray

Edition Faber & Faber | 672 pages

Critique du Guardian

 

Je vous en parle car ce sont les deux titres qu’il est très probable que je lise prochainement. Si vous cherchez des idées lecture d’auteurs irlandais contemporains, en voici deux avec de très bonnes critiques, et pas seulement de l’Independent et du Guardian.

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Sources : Board Gas, Irish Book Awards, Wikipédia

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Hodges Figgis, librairie dublinoise

27 avril 2011  |  L'édition  |  24 Comments

La semaine irlandaise sur le blog est l’occasion de vous présenter la librairie  que je fréquente depuis mon arrivée (aux lecteurs qui ne le sauraient pas encore, je vis depuis août dernier en Irlande) C’est par hasard que je l’ai découverte et je n’ai appris que bien plus tard l’importance qu’elle avait dans la vie littéraire dublinoise.

Créée en 1768, Hodges Figgis est la librairie indépendante historique de la ville. Elle se trouve dans un superbe bâtiment en plein cœur de la ville, sur Dawson Street, à deux pas de Trinity College.

Si vous ne trouvez pas votre bonheur à Hodges Figgis, vous êtes perdus, car c’est la plus grande librairie du pays avec environ 60000 titres. Il y a quatre niveaux avec chacun leurs spécialités :

  • Niveau -1 : les bargain books – les « affaires » – autrement dit les livres soldés, qu’ils soient des romans, des autobiographies, des livres pour enfants…
  • Niveau 0 : littérature irlandaise, littérature policière, SF, fantasy, les classiques et les littératures étrangères
  • Niveau 1 : cuisine, langues, voyages, bien-être, sciences humaines…
  • Niveau 2 : économie, finance, sciences, mathématiques…

Je connais le niveau 0 comme ma poche, ayant pour habitude, à chaque fois que je vais en centre-ville, de m’y arrêter pour jeter un coup d’œil. La salle dans laquelle se trouve la littérature étrangère est grande, avec plusieurs sièges confortables. Il y a quelques mois, ils ont agrandi le rayon litté étrangère, qui occupe dorénavant les trois-quarts des étagères de la pièce. Ce que j’aime, c’est le silence respectueux qui y règne. Tout le monde est absorbé par les livres, qu’ils soient ouverts ou encore sur les étagères.

Des tables sont présentes au milieu des rayons pour proposer une sélection de titres. Il manque tout de même le côté librairie de quartier avec l’absence de critiques glissées dans les livres. Ils nous sont juste proposés ainsi, sans argumentation… Dommage. Je me suis également rendue compte ce week-end, en prenant les photos, que Hodges Figgis pratique dorénavant le « 3 for 2″ de feu Waterstone’s (l’autre librairie de la ville qui a fermé il y a peu) : un livre gratuit pour deux livres achetés. C’est là que je bénis l’achat du Kindle, qui va me détourner les yeux des livres papier pendant quelques temps.

Quand je parlais de son caractère historique, il n’y a pas qu’en raison de son âge. James Joyce en était un client invétéré, ayant même mentionné la librairie dans Ulysse. La citation trône d’ailleurs dans les escaliers entre le rez-de-chaussée et le premier niveau, visible dès l’entrée. Dans mon article sur Waterstone’s (lien précédemment cité), je disais que Joyce avait ses habitudes dans cette librairie. En fait, Hodges Figgis était situé à l’époque de l’autre côté de la rue, en face de son emplacement actuel, là même où était implanté Waterstone’s. Joyce se rendait donc à Hodges Figgis mais dans les anciens locaux.

Voilà pour le petit tour en photos de ma librairie dublinoise, photos que j’ai prises au péril de ma vie (au moins) parce que je n’avais pas le droit (selon l’un des employés qui m’a grillée), mais j’ai quand même continué d’en prendre discrètement (ben oui, j’avais pas fini !).

Il existe peu de petites librairies de quartier, les chaînes comme Eason ou Hughes & Hughes étant très présentes et très fortes dans le secteur du livre irlandais. Au milieu de cela, Hodges Figgis est un peu un repère contre le livre-marchandise, en tout cas en apparence, car la librairie est détenue par HMV, qui possède entre autre… Waterstone’s ; ce qui explique peut-être le manque de personnalisation, seul détail qui pêche un peu chez HF.

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Mes précédents billets pour la semaine celtique : Dublin, ville Unesco de la littérature & la critique du livre Dracula, de Bram Stoker

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Dublin, ville Unesco de la littérature

25 avril 2011  |  L'édition  |  19 Comments

[Ce billet inaugure la semaine celtique organisée par Emma, ou plutôt semaine irlandaise sur le blog : tous les jours jusqu'à dimanche, vous trouverez un nouvel article lié à la littérature irlandaise, puisque - rappelons-le - je vis en Irlande.]

La littérature irlandaise est à l’image du pays : foisonnante, riche, productive. Comment expliquer qu’un si petit pays compte autant de grands écrivains et de récompenses littéraires (quatre prix Nobel de littérature tout de même – tous Dublinois d’ailleurs) ? Difficile de trouver réponse à une telle question.

Toujours est-il qu’en nommant Dublin au rang permanent de « City of Literature » en juillet 2010 – aux côtés d’Édimbourg, Melbourne et Iowa City (des noms qui m’ont un peu surprise *qui a déjà entendu parler d’Iowa City ?*), l’UNESCO a reconnu le caractère littéraire immuable de la ville. Et en effet, quand on se balade en centre-ville, la littérature est omniprésente. Chaque rue, chaque quartier, possèdent une histoire avec un livre. Là, cette librairie a été fréquentée par James Joyce, ici c’est la cathédrale qui a inspiré Bram Stoker pour Dracula, ici encore on observe la statue d’Oscar Wilde avec son sourire complice et arrogant.

Dublin est définitivement la ville de la littérature, car elle regorge de bibliothèques, de musées et d’évènements littéraires.

The Old Library de Trinity College, première université du pays créée en 1592 par les Anglais, en plein centre-ville, qui expose entre autre le Livre de Kells, bijou littéraire datant de 820, qui contient les quatre Évangiles du Nouveau Testament ainsi que des notes annexes. Les ornements, très riches, sont issus de la rencontre entre le christianisme et l’art celtique. La bibliothèque permet aussi la visite de la Long room, une pièce immense qui contient 200000 ouvrages anciens.

Le musée Chester Beatty Library a été nommé d’après le millionaire américain et collectionneur de manuscrits anciens qui légua ses biens à la ville de Dublin. Située dans une des annexes du château de Dublin, la bibliothèque a reçu en 2002 le Prix du musée européen de l’année. Le musée n’est pas très grand mais recèle de livres très anciens, des bouts de parchemins millénaires venant d’Europe, du Moyen-Orient et d’Asie. J’y suis allée, c’est à voir ! Dans une quasi-pénombre, pour ne pas détériorer les ouvrages, on passe d’un continent à l’autre, d’un millénaire à l’autre. Pour une visite virtuelle du musée, c’est par ici.

Si vous souhaitez découvrir un musée sur la littérature irlandaise, le Dublin Writers Museum se charge de vous faire découvrir les auteurs irlandais contemporains et historiques. Le musée est là pour promouvoir le passé et le présent littéraire de la ville. Je n’y suis pas encore allée, mais ça ne saurait tarder. Vous avez aussi l’un des musées les plus connus de Dublin, le National Library of Ireland, qui propose des exhibitions permanentes et temporaires de grande qualité – dont une sur le poète Yeats que j’ai eu la chance de visiter et dont je vous parlerai cette semaine.

Les musées sur les livres, c’est bien, mais la ville ne propose pas que cela. Deux évènements majeurs ont lieu tous les ans : le Dublin Book Festival en mars et le Dublin Writers Festival en mai. Je n’ai malheureusement pas pu assister au premier qui proposait partout dans la ville des conférences, des activités et des tours guidés orientés sur le passé littéraire de la capitale (le programme est accessible ici si vous souhaitez en savoir plus).

Enfin, en plus de croiser Oscar Wilde, vous rencontrerez certainement James Joyce près d’O'Connell Street, ou encore d’autres auteurs irlandais moins connus en dehors des frontières, comme le poète Patrick Kavanagh dont je parle aujourd’hui car je le vois tous les jours sur le chemin du travail, le long du canal… Sinon, il y a toujours le pont Samuel Beckett.

J’espère que vous comprenez un peu mieux maintenant en quoi Dublin est la ville littéraire par excellence. La ville et les habitants chérissent cette histoire,  en sont très fiers et participent activement, à travers une multitude d’autres évènements, au rayonnement culturel dublinois. Si vous avez des questions sur la ville, n’hésitez pas à me les poser !

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Prix unique : et les livres numériques alors ?

10 avril 2011  |  L'édition  |  2 Comments

Pour boucler la boucle du dossier consacré au prix unique du livre, nous allons aborder aujourd’hui la question du livre numérique qui fait débat en ce moment jusque sur les bancs du Parlement français.

A l’occasion des trente ans de la Loi Lang, le Ministre de la Culture Frédéric Mitterand a affirmé le 17 mars dernier sa ferme intention d’appliquer la loi aux livres numériques dans un discours dont voici un extrait :

Dans ces conditions, une régulation qu’il nous faut naturellement adapter à la réalité de ce nouveau marché, est plus que jamais nécessaire. Et son intervention à un stade précoce est la meilleure garantie que le développement du marché s’effectue dans des conditions harmonieuses, sans captation de la valeur par des acteurs dominants.

J’ajoute que de mon point de vue, la régulation que nous défendons, consistant à confier la détermination du prix de vente final à l’éditeur, doit s’appliquer à l’ensemble des ventes de livres numériques effectuées en France, quel que soit le lieu d’implantation des opérateurs.

Si l’on fait un petit retour en arrière, Mitterand a créé en septembre 2009 la Commission Zelnik chargée d’étudier et d’améliorer l’offre légale culturelle sur Internet. En ce qui concerne le livre numérique, la commission a rendu un rapport en janvier dernier préconisant un alignement de la loi Lang (appplication du prix unique et application d’un taux de TVA de 5,5%).

Le marché du livre numérique est encore récent et en plein développement, et de nouveaux acteurs (Google, Amazon & Apple en tête) ayant fait apparition dans le paysage ont profondément changé les habitudes des lecteurs. Il ne s’agit plus de simplement revendre des livres papier en ligne comme sur Fnac.com, mais bien de donner accès à un contenu numérique immédiat.

Le principal souci des parlementaires réside dans le fait que ces acteurs sont majoritairement étrangers – américains -  et qu’il est donc bien difficile de leur imposer quoi que ce soit depuis la France. Le Ministère de la Culture soutient le caractère extra-territorial de la loi et l’imposition du prix unique aux vendeurs de livres à partir du moment où ceux-ci vendent en France. Le Sénat et l’Assemblée Nationale sont en revanche en désaccord, le premier ayant voté à l’unanimité pour une application de la loi pour tout livre vendu sur le territoire français, la seconde souhaitant une application de loi aux seules personnes résidant en France.

Jeudi dernier (7 avril 2011), l’Assemblée Nationale a donc rejeté le texte en deuxième lecture sur ce point. A ceux qui se diraient que les députés foncent droit dans le mur en ne faisant pas appliquer le prix unique en dehors de notre frontière n’ont pas tout à fait tort, ni tout à fait raison. Pourquoi ? Parce que le principal problème d’une telle loi est l’accord des instances européennes ; et généralement, la Commission Européenne n’apprécie pas vraiment l’extra-territorialité dans les textes législatifs.

Si les députés ont modifié la nouvelle loi sur ce point, c’est en fait pour améliorer ses chances de succès devant la Commission Européenne. En effet, les parlementaires ont proposé un « amendement rendant illégal le fait pour un distributeur étranger de vendre un livre à un prix inférieur à celui imposé sur le sol français. » (cf. source L’Express (1) ci-dessous).

La loi ayant été modifiée et adoptée par l’Assemblée Nationale, le texte va être présenté à une commission mixte paritaire composée de sept députés et sept sénateurs pour déboucher sur une conciliation et un accord. Les tenants de la loi ne sont pas encore entièrement connus et il faudra suivre dans les semaines à venir les débats. Nous verrons d’ici là ce qu’auront décidé les parlementaires. Une chose est sûre : on n’a pas fini d’entendre parler de cela, car les Google, Amazon et autre Apple vont faire pression.

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Pour en savoir plus, je vous invite à lire le rapport du Centre pour la Recherche Économique et ses Applications, Le prix unique du livre à l’heure du numérique.

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Les articles du dossier publiés sur le blog :

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Sources : Actu des ebooks, Sénat, Actualitté, L’Express (1)L’Express (2), Le Monde

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